Il faut que je vous avoue quelque chose. Pendant longtemps, mon VTT s'est résumé à un seul vélo : un VTTAE, et une méthodologie d'entraînement rigoureuse et scientifique qui tenait en une phrase — je monte dessus, et j'appuie comme si quelqu'un me poursuivait. L'assistance électrique aidant, je trouvais toujours un moyen d'aller taper dans le rouge un peu plus loin, un peu plus fort. Résultat des courses (au sens propre) : j'ai réussi l'exploit de passer 2h40 en zone 5 sur une seule sortie. Deux heures quarante. À un rythme cardiaque qui aurait dû, en toute logique, m'alerter sur mes choix de vie plutôt que sur mon prochain défit.
Le pire, c'est que j'étais plutôt fier de moi. "Regardez comme je vais vite, regardez comme je souffre bien." Sauf que souffrir n'est pas un plan d'entraînement, c'est juste... souffrir.
Septembre dernier, le vrai point de bascule
Ça fait tout juste un an. En septembre, j'ai pris une décision qui a changé beaucoup plus de choses que je ne l'imaginais sur le moment : j'ai revendu le VTTAE. À la place, un VTT musculaire — comprendre, un vélo qui ne me pardonne plus rien — et un vélo de route sont arrivés dans le garage. Et avec eux, une idée toute simple sur le papier et beaucoup moins évidente à tenir : rouler régulièrement, environ 100 km par semaine, plutôt que d'enchaîner des sorties ponctuelles à fond les ballons.
Sans assistance électrique, la triche n'était plus possible. Il a fallu apprendre à doser l'effort pour tenir la distance, et accepter qu'on ne finit pas systématiquement une sortie explosé si on veut pouvoir remonter sur le vélo le lendemain.
De la zone rouge à la zone... verte, en fait
C'est cet hiver que le vrai déclic a eu lieu. J'ai fait quelque chose qui m'a demandé beaucoup plus de courage que d'attaquer une montée à fond : j'ai ralenti. Volontairement. Sciemment. Zone 2, la fameuse — celle où le cœur tourne tranquillement quelque part entre 124 et 142, où on peut théoriquement papoter avec quelqu'un sans finir en apnée, et où on a globalement l'impression de ne rien faire.
Autant vous dire que les premières sorties ont été un supplice psychologique intéressant. Rouler "doucement" pendant qu'un mécanisme interne bien ancré me hurlait qu'un tel gâchis d'énergie méritait d'être puni immédiatement par un gros braquet et une pente à 12 %. J'ai dû littéralement apprendre à me faire confiance, à accepter qu'un moteur (le mien, cette fois, plus celui du VTTAE) se construit sur la durée et pas sur l'ego du dimanche matin.
Et puis, doucement, les chiffres ont commencé à raconter une autre histoire. Le même parcours, avec moins d'efforts et un cœur plus sage. Des sorties plus longues, digérées en trois jours au lieu d'une semaine de courbatures et de mauvaise humeur. Bref : ça marche, ce truc de rouler moins vite pour aller plus loin. Qui l'eût cru.
Et puis il y a eu la cheville
Parce qu'une histoire de progression sans grain de sable ne serait pas très crédible : en juin, une bonne entorse de la cheville est venue mettre son grain de sel dans les plans de l'été. Adieu les sorties prévues, bonjour la poche de glace et les escaliers descendus de biais comme un crabe prudent. L'été en a pris un coup. La motivation, étonnamment, non — disons que ça laisse du temps pour regarder ses données d'entraînement au lieu de les produire, ce qui a son charme aussi.
Alors, ce blog, il raconte quoi maintenant ?
Jusqu'ici, ce blog ressemblait pas mal à mes sorties d'avant : une collection de moments un peu essoufflés, sans grand fil conducteur. Je change de nom pour marquer le coup, tout juste un an après avoir changé de vélo et d'approche : ce sera désormais Des coups de pédale sur les chemins, avec pour sous-titre Journal d'une progression, loin de la performance. "Peyo", on l'archive avec tendresse — il aura bien roulé, mais il est temps de passer à autre chose.
L'idée, c'est de raconter ça au fil des sorties, sans grand plan annoncé à l'avance ni exploit à chaque billet : juste l'histoire d'un type qui a mis des années à comprendre qu'on ne progresse pas en tapant dans le rouge à chaque sortie, entorse ou pas, VTTAE ou pas. Il y aura du VTT, du gravel, de la route, et le kayak et le paddle continueront à pointer le bout de leur pagaie de temps en temps, parce qu'on ne se refait pas complètement.
Pas de rubriques, pas de sommaire savant : ça se lira comme un journal, dans l'ordre où ça arrive. Je ne sais pas encore où tout ça va me mener précisément — mais pour la première fois, j'ai l'impression d'avancer avec une vraie méthode plutôt qu'avec une vraie tachycardie. C'est déjà un bon début.
À bientôt sur les chemins, en zone 2 (enfin, j'essaie).



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